Ottawa Fringe 2013. Dolores d’Edward Allan Baker: un jeu naturaliste qui dépasse la comédienne.

Dolores d’Allan Baker, mise en scène de Tania Levy. Interprètes : Nancy Kenny, Martine Roquebrune.

Presque du Michel Tremblay mais avec une goutte de violence et de tragédie imminente beaucoup plus bouleversante, cette pièce d’Allan Baker nous plonge dans une ambiance de misère familiale à peine supportable. Tout se passe dans la cuisine de Sandra qui est, effectivement la cuisine au sous-sol de l’église 473, rue Cumberland. Dolores, terrifiée, paniquée, désespérée, arrive chez sa sœur. Dolores a besoin d’aide (la preuve, son œil en beurre noir) parce que son mari est furieux et cette fois-ci, il va certainement l’achever comme une chienne. Sandra hésite, s’énerve, refuse. Elle ne veut pas se mêler de ces histories. Un dialogue musclé s’ensuit mais peu à peu les liens familiaux s’imposent, les deux se redécouvrent et très vite Sandra passe aux aveux. Elle aussi vit des drames semblables mais elle n’a jamais osé en parler, pour assurer la paix chez elle. Et puis, il y a un rebondissement au dernier moment. Et on voit qu’une véritable réconciliation n’est plus possible puisqu’un coup de téléphone démolit tout ! Une pièce très bien faite, un dénouement profondément émouvant sans trop de sensiblerie, tout y était pour en faire un spectacle parfait. Martine Roquebrune est très convaincante en tant que Sandra, la sœur dépassée par les événements, une femme minée par le secret qui la ronge, qu’elle n’a jamais osé avouer. Malheureusement, Nancy Kenny n’arrive pas à capter son personnage. Son jeu est très compétent, et son acadien semble impeccable, mais dans cette ambiance de théâtre naturaliste il faut que le jeu passe par les tripes et il est très clair que Mme Kenny n’est pas du tout habitée par cette créature écrasée, battue, la victime impuissante d’un mari monstre qui la tient prisonnière en quelque sorte. Cette situation justifie tout à fait le dénouement mais il reste à voir si au courant de la semaine, elle pourra rattraper la signification de la pièce et enfin se laisser glisser davantage dans les réflexes de cette femme, devenue une « loque » pitoyable. Pour l’instant, on n’y croit pas trop.

À voir St Paul’s Eastern United Church au sous-sol. 473, rue Cumberland.


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