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Sasha Dominique (le Docteur), Sylvain Sabatié (le Barbouillé).    Photos:  © Martin Cadieux

Sylvain Sabatié et toute son équipe de professionnels bien connus dans la région nous plongent dans un des moments les plus marquants de l’histoire théâtrale française : la rencontre entre Molière et les comédiens italiens  avant même que Scaramouche et la commedia dell’ arte trouvent  leur place à la cour de France. Les Italiens avaient  déjà  laissé des traces importantes sur le jeu de Molière en Europe,  lorsqu’ils jouaient sur la place publique. Ce modèle du jeu  grotesque et vulgaire, l’essence même du théâtre populaire, du théâtre de la foire et tout ce qu’il y avait de plus divertissant et  attirant des spectacles de la rue

À ses origines, la troupe de Molière (l’Illustre théâtre) s’inspirait de cette forme de jeu populaire et La Jalousie du barbouillé est la première pièce  conçue par Poquelin (avant 1654) pendant qu’il tournait à travers l’Europe , bien avant qu’il soit connu à Paris et bien avant de devenir auteur dramatique.

À l’époque du « Barbouillé » ses spectacles étaient surtout des farces en prose, des moments burlesques, , peuplés d’acteurs libérés du texte, mais inspirés des types de la commedia dell’arte : Le Docteur, le mari jaloux fulminant de rage, la femme qui cherche sa libération et tout un ensemble de « fâcheux » fatigants qui allaient alimenter les personnages-types de son théâtre à venir. Et quel chaos joyeux, quels hurlements et quelles insultes ! Barbouillé (Sabatié) peste contre sa femme qui refuse de rester tranquillement chez elle et s’occuper de lui au lieu de parler aux autres hommes et chanter le Karaoké. Elle, en revanche, en a marre de ses crises de jalousie, ses saouleries et ses sorties nocturnes. Autour de cette situation qui structure le jeu pendant une heure, se déroulent des moments de rigolade qui sont au fond assez grave, surtout si on tient compte du fait que les enfants observent le comportement de ce couple malheureux, dysfonctionnel, pris dans un piège impossible  en se menaçant l avec des armes blanches!! Pourtant, les petits semblent s’en tirer très bien. J’ai même remarqué assis derrière moi, la petite Fleur et son copain, qui ont commencé à parodier ces engueulades en imitant au moment juste, les tonalités stridentes, les appels, les éclats de rire. Quelle joie sadique! Ils ont compris tout Molière d’un seul coup!!

 

Normalement ces comédiens sont masqués pour mieux mettre en relief la nature physique de ce théâtre et insister sur les types plutôt que des distinctions psychologiques, , mais «  le Fâcheux théâtre » de l’Outaouais /Gatineau a laissé tomber les masques, pour lâcher les comédiens à visages découverts dans le parc Fontaine, parmi le public installé sur les pentes douces de la pelouse dont les formes naturelles sont bien intégrées dans le jeu. Là, ils ont joué  entre une piste de pétanque, un espace de Ping-pong, un lieu de vente des casse-croutes : une merveilleuse ambiance de calme qui servait de toile de fond à ce Molière dans le parc.

Sans les masques, le jeu retient quelque chose de bien plus réaliste même si les acteurs ressemblaient parfois à des saltimbanques, voire des clowns .Angélique la mariée (Gabrielle Lalonde), la femme opprimée, s’affirme avec force alors que le Barbouillé, Sylvain Sabatié,  joue avec autant de passion son rôle de mari vieux jeu détestable, incapable de contrôler ses insultes et ses accès de violence. Cathau le valet impertinent(Sébastien Lajoie), a une très belle voix! Notons le docteur « universel » (Sasha Dominique),  un « savant » ridicule, un universitaire, un homme de lettres, un personnage qui s’écoute parler mais incapable d’ entendre les autres.  La comédienne  aurait bien pu porter un masque pour donner plus de férocité au personnage!! Mais le jeu de Sasha Dominique était, comme d’habitude d’une précision impeccable.

Sylvain Sabatié avait adapté le texte, et rendu les tirades faciles à suivre  malgré leur longueurs, avec des références à la politique américaine actuelle et des renvois à d’autres œuvres de Molière . Il y a même eu un drôle de moment où  on croyait voir le pauvre Yorik au féminin  sorti directement de Hamlet! Sans doute, pensais-je, afin d’apporter plus de substance à la matière, de quoi attirer l’attention du public adulte. .

Néanmoins , la foule était joyeuse, la pièce a été bien reçue et il est évident que le public de Gatineau/’Ottawa viendra aussi nombreux l’année prochaine lorsque Le Fâcheux théâtre reviendra présenter ses folies moliéresques dans le parc Fontaine !.

Pour information appeler : 613-276-0851 sylvain@facheux.ca