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Maestro par Claude Montminy
En français, adapté pour l’Outaouais par Claude Montminy.
Mise en scène : Gilles Provost,
Scénographie et éclairages : David Magladry

Géré par Gilles Provost, bien connu dans la région en tant que comédien, professeur et ancien directeur du Théâtre de l’ile, ce spectacle semble cacher une parodie féroce de la classe moyenne québécoise/outaouaise , transformée en frénésie comique par la mécanique héritée de la farce française. En fait, dès le début, on se pose des questions sur la logique dramaturgique de cette œuvre qui mélange les styles de jeu, les thématiques et les stéréotypes de toutes sortes au point où on finit par se laisser bercer par la folle confusion de ce microcosme peuplé d’ambitieux, de misogynes, de mal élevés, de manipulateurs . L’auteur se moque de tout le monde, même du public qui ose rigoler devant cette parade de bouffonneries inouïes.

Tout devient clair à partir du moment où on apprend (tout à fait par hasard car rien n’est indiqué dans le programme) que dans la version française d’origine, le couple Maude (violoniste) et Ryan (compositeur de musique des films pornos) sont québécois francophones, domiciliés à la capitale québécoise, et que le Maestro invité à diner est un grand chef d’orchestre anglophone! Cette formule comporte déjà des relations troubles, inscrites dans l’histoire du Québec où les ‘maudits colonisateurs anglais ‘ avaient toujours entretenus des rapport problématiques avec l’inconscient québécois pure laine.

Voilà donc un Maestro anglophone (dans l’original) misogyne, maniéré, maladroit, egocentrique, insupportable, bourré de tics ridicules, se retrouve chez Maude, précédé d’une réputation de coureur de jupons. Cette invitation n’est pas du tout innocente puisque la belle dame espère convaincre le maestro de lui donner le poste du premier violon dans son orchestre.
L’arrivée inattendue de l’ ex-époux , emporté par la jalousie car il espere retourner au foyer, déclenche une suite de rebondissements qui donne l’impulsion au drame!
Toutefois, Incapable de résister à la tentation d’ un travail professionnel, le mari -compositeur, lui aussi, rampe comme une lèche-botte devant le Maestro et l’auteur a recours à toute une panoplie de moyens pour ridiculiser le Maestro anglophone, tout en mettant en évidence la bêtise du couple qui se laisse manipuler et humilier par ce « grand » artiste prêt à s’amuser leurs dépens car il a tout compris .

Dans cette première version donc, tout obéit à une certaine logique et même si on rigole on ressent aussitôt un malaise certain puisque la source de cet humour repose sur des stéréotypes qu’on reconnaît au Québec francophone.
Toutefois, le jeu change lorsque le texte est adapté à l’Outaouais!! Le malaise entre les anglophones et les Québécois disparaît et la région frontalière de l’Outaouais tout entière devient le cible d’une grosse rigolade puisque la dynamique culturelle est différente. Le maestro « anglophone » sans scrupules devient un chef d’orchestre hongrois , donc un étranger, dont le jeu grossier à la limite du burlesque est devient un cliché ridicule. Ensuite, le mari se transforme en anglophone dont l’accent et le rythme corporel fonctionnent au ralenti alors que le jeu pétillant de son partenaire Maude ( une magnifique Manon Lafrenière ) s’impose pendant tout le spectacle.
Cette accumulation de « différences » de toutes sortes produit un microcosme frontalier où les origines ne sont plus le cible de l’humour. Bref, non seulement le bouc émissaire anglophone est mort et mais aussi ce portrait de la banlieue culturelle de la province québécoise bien sûr, vise toute la collectivité locale où tout le monde s’embourbe dans cette valse d’ambitieux névrotiques.!! Voilà l’image d’une société toute entière de rustres que l’auteur démolit et si on ose rigoler, on a un petit pincement de cœur car le tableau est malgé tout vulgaire et méchant.
La mise en scène aurait pu nuancer les choses en obligeant les comédiens à se distancier un peu plus de leurs personnages surtout pendant la deuxième partie du spectacle lorsque les rebondissements deviennent des clichés épouvantables au point où on pourrait dire que cette pièce est devenue un échantillon moderne de la dégradation la plus abjecte du théâtre comique hérité de Molière Il faut avouer, cependant que , la scénographie de David Magladry était très belle, le recours à la musique était tout à fait juste, le rythme était bien soutenu et même si on s’énervait par moments, on ne s’ennuyait pas , ce qui n’est pas mal!
Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette expérience bilingue . Il y a deux ans, le Great Canadian Theatre Company (GCTC) avait présenté un monologue sur la IIe guerre mondiale intitulé Jake’s Gift (Le Cadeau de Jake) avec Julia Mackey; la comédienne unique a joué dans les deux langues et le résultat était puissant. Il faudrait que les théâtres de la région continuent ces expériences linguistiques. Le Centre national des Arts possède déjà ses deux sections francophone et anglophone, comme le Département d’études théâtrales à l’Université d’Ottawa. Pour cette raison il est important de sélectionner des œuvres (comique, tragique ou très moderne, n’importe! ) qui méritent notre attention . Il y en a tellement! Pourquoi avoir choisi cette bêtise sans la moindre mérite? La prochaine fois, espérons que le Théâtre Plosive fasse un choix plus judicieux surtout puisque le public que j’ai croisé ce soir-là aurait été capable d’apprécier un vrai défi artistique et Gilles Provost aurait certainement été à la hauteur de la tâche.
Maestro a joué au Gladstone theatre du 25 mai au 10 juin.