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Mise en scène et chorégraphie de Bill T. Jones.

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La création de FELA, qui a eu lieu à New York en 2009 a pris fin le 2 janvier 2011, la veille de l’ouverture de la production britannique au National Theatre de London. Pourtant tout continue comme avant. Le chorégraphe Bill T. Jones continue sa direction de l’ensemble, le même acteur assure le rôle principal, beaucoup de danseurs et musiciens ont traversé la mer pour poursuivre cette aventure artistique en Angleterre.

Le spectacle, un hommage au musicien, compositeur et activiste indépendantiste nigérien Fela Anikulapo-Kuti, mort en 1997, est d’une beauté extraordinaire mais il est beaucoup plus que beau et divertissant. Il renouvelle le genre musical en le rapprochant de la danse moderne et de l’opéra populaire, un peu à la manière d’une œuvre de Brecht illuminée par les Orishas du Panthéon Yoruba, le Jazz moderne, la musique de Bob Marley, les rythmes traditionnels africains et un récit politique violente et tragique. Fela est tout cela…et encore.

 

Tout se passe dans le bas monde du Shrine, la boîte de nuit à Lagos où Fela, ses danseurs, ses femmes, ses musiciens et ses acolytes se retranchent la nuit pour recréer le monde, crier leur frustration et créer leur musique. Sahr Ngaujah – un Féla d’une énergie et d’un talent inépuisable, est à la fois le maître de cérémonies, le narrateur de l’histoire, le directeur de sa bande, et le sujet de ces toutes ces activités. Avec les danseurs nigériens à l’appui et un groupe d’excellents musiciens sur percussions, trombones, guitares, saxophones, claviers électroniques, et des instruments traditionnels, cet espace de nuit devient une république indépendante imaginaire où les artistes peuvent se défouler et rêver d’une autre vie.

Dans un premier temps Fêla explique l’évolution de sa musique par ses péripéties à travers le monde pour trouver un son tout à fait particulier. Ses rencontres avec Frank Sinatra, avec la musique afro cubaine, avec Bob Marley, et plus tard avec le Jazz américain et le High Life africain illuminent sa quête musicale et nous aident à suivre sa démarche de musicien. Sa démarche de musicien est étroitement associée à la recherche chorégraphique menée par Bill T. Jones. Celui cherche aussi à créer des pas hybrides entre le ballet Jazz et les mouvements traditionnels africains et les résultats sont époustouflants.

Les séquences sont menées comme des numéros de boite de nuit ou, dans cette ambiance glauque et sordides des nuits de Lagos, les drogues circulent à volonté entre les murs tapissés d’affiches politiques, et des photos des ancêtres. Quant aux danseurs, ils d’adressent directement au public, captivé par ces fessiers tremblants, ces costumes bariolés, les visages peints, les coiffes les une plus belles que les autres.

Le spectacle évoque également la lutte de ces jeunes artistes contre le pouvoir colonial, grâce à l’influence du mouvement ‘ Black Power ‘ aux E.U. Ce rapprochement entre la révolte contre la dictature nigérienne et l’esprit de cette nouvelle musique éclaire toute l’activité de contestation menée par Fela et les artistes de la boîte le ‘Shrine’.

L’intégration de séquences filmées tirés des reportages télévisuels met en relief la réalité de la lutte politique alors que les séquences dansées et le recours aux éclairages magiques révèlent, l’apparition des Orishas dans leurs habits traditionnels. Les ancêtres sont toujours prêts à intervenir pour appuyer la lutte et dans ce contexte, la magnifique Mélanie Marshall est importante. Elle chante l’esprit de la mère de Fela, tuée par les soldats et dont la formation en musique classique confère à la soirée le ton d’une tragédie politique digne des opéras italiens du XIXe siècle, alors que les réactions violentes des soldats face aux jeunes révoltés nous ramènent vite vers l’actualité africaine.

Ainsi Fela devient une fresque de l’histoire nigérienne où les corps festifs des danseurs, des chanteurs et des musiciens, éclairent les propos socio-politiques et nous font vivre une réalité profondément bouleversante. À quand un spectacle musical sur la quête politique de Ben Bella, ou de Lumumba?

FELA continue au National Theatre De London, du 14 au 23 janvier. 020 7452 3000 ou voir le site du NTL : www.nationaltheatre.org.uk