Théâtre caribéen

La nuit des assassins: une création prometteuse de Ricardo Miranda

News from Capital Critics Circle

Roland Sabra, Madinin-art.

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La pièce « La nuit des assassins » écrite par José Triana à Cuba en 1964 a connu et connait encore un succès mondial plus particulièrement en Amérique du Sud et en Europe. De quoi s’agit-il ? Enfermés dans un grenier deux sœurs et un frère imaginent, miment, mettent en scène l’affirmation hégélienne bien connue selon laquelle« les enfants sont la mort des parents ». Prurit boutonneux, crise d’adolescence, révolte contre le Père ? Se contenter de cette lecture serait bien superficielle. Les frères Castro ne s’y sont pas trompés. Ils y ont vu un appel à la résistance à l’oppression et leur sens développé de la démocratie, comme chacun sait, a conduit au début des années 1980 José Triana à l’exil en France.

Il y a donc Lalo et ses deux sœurs, Beba et Cuca livrés à eux-mêmes, père et mère  absents, et qui vont donner libre cours à leurs fantasmes de meurtre, d’assassinat de leurs parents, noyés dans l’illusion régressive que la liberté consiste à se débarrasser de la loi fût-elle simplement dans sa formulation première, familiale. S’affranchissant de toute contrainte formelle ils incarneront tour à tour leur rôle, celui des parents, des voisins, des forces de l’ordre, de la justice jetant le spectateur dans un trouble volontaire. La déconstruction apparente du fil narratif qui en résulte est l’image de la déconstruction de l’ordre social produite par la disparition du principe d’autorité.

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Des doutes et des errances»… de la théâtralité ? Gerty Dambury en Martinique

News from Capital Critics Circle

8 novembre 2015. Paru dans Madinin-art, Fort-de-France

— Par Roland Sabra —

des_doutes_&_des_errances-3« La théâtralité, c’est le théâtre moins le texte ». On connaît la formule, approximative et qui dans ce raccourci déforme la pensée de son auteur plus attaché qu’il n’y paraît à l’équilibre entre scène, texte et présence du spectateur. Qu’un de ces trois pôles disparaisse, s’effondre ou simplement faiblisse et il n’y a plus de représentation théâtrale. C’est qui est arrivé à « Des doutes et des errances » la pièce de Gerty Dambury, mise en scène par Jalil Leclaire et présentée au public martiniquais le 07/11/2015.
Peu après la grande grève de 2009 en Guadeloupe Gerty Dambury écrit une pièce de théâtre «  Les Atlantiques amers » dans laquelle sept personnages  échangent, s’interrogent s’affrontent, de part et d’autre de l’océan, à propos de ce mouvement qui dans son antienne «  « La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a pa ta yo, yo péké fè sa yo vlé an péyi an nou » pose clairement faute de pouvoir y répondre la question de l’identité. Qui est ce « nou » ? et par conséquence qui est ce « yo » Quelles en sont les composantes ? Dans quel camp sont les Békés ou leurs descendants ? Et les « métros » ? Faut-il tenir compte de la durée de leur installation ? Et ceux  péjorativement dénommés  « négropolitains » ou « nègxagonaux » ou que l’on désigne d’un autre terme plus neutre celui-ci de diaspora ? A quel titre sont-ils encore et toujours guadeloupéens -ou martiniquais- celles et ceux qui ne viennent « au pays » que pour les vacances, une année sur deux si ce n’est moins ? Droit du sol ou droit du sang ?

 

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Un obus dans le coeur » : mort et renaissance dans le silence de la mère

News from Capital Critics Circle

  Commentaire de Roland Sabra, paru dans Madinin-art.net   Une publication de la Martinique.

obus_ds_le_coeurC’est un moment d’émotions d’une rare intensité que nous a offert Hassane K. Kouyaté en programmant Un obus dans le coeur, le magnifique texte de Wadji Mouawad interprété par Julien Bleitrach qui signe la mise en scène avec Jean-Baptiste Epiard. C’était une nuit. Une nuit de rage. Une tempête sur la ville et dans la tête. Il neigeait et elle agonisait sur un lit d’hôpital.   Le téléphone avare de mots avait juste lancé : « Viens vite !  » Elle ? La mère ! Lui, Wahab le fils se dit : « Ma mère meurt, elle meurt, la salope, et elle ne me fera plus chier ! »» mais aussi : « Le clignement de mes yeux fait fondre le givre de mes cils et c’est l’hiver au complet qui pleure sur mon visage « . Même attendue, la mort est toujours une surprise. Elle survient au détour d’un chemin. « Nawal. J’étais dans l’autobus. Sawda, j’étais avec eux! Quand ils nous ont arrosés d’essence j’ai hurlé :  Je ne suis pas du camp, je suis comme vous! Je cherche mon enfant qu’ils m’ont enlevé! Lors ils m’ont laissée descendre, et après, après, ils ont tiré, et d’un coup, d’un coup vraiment, l’autobus a flambé, il a flambé avec tous ceux qu’il y avait dedans, il a flambé avec les vieux, les enfants, les femmes, tout! Une femme essayait de sortir par la fenêtre, mais les soldats lui ont tiré dessus, et elle est restée comme ça, à cheval à cheval sur le bord de la fenêtre, son enfant dans ses bras au milieu du feu et sa peau a fondu, et la peau de l’enfant a fondu et tout a fondu et tout le monde a brûlé! Il n’y a plus de temps, Sawda. Il n’y a plus de temps. Le temps est une poule à qui on a tranché la tête, le temps court comme un fou, à droite, à gauche et de son coup décapité, le sang nous inonde et nous noie. » (Incendies).

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La Loi de Tibi: L’éveil des damnés de la terre par la Cie parisienne l’Autre Souffle

Reviewed by Alvina Ruprecht

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La Loi de Tibi, de Jean Verdun, traduit en anglais en 2003. Adaptation, interprétation et mise en scène de Jean-Michel Martial avec Karine Pédurand, collaboration artistique de Sophie Bouillot. Une production de la Cie l’Autre Souffle, Paris. 

Depuis Avignon, sur la scène de la Chapelle du Verbe incarné  (2013), on parle de l’excellent jeu de Jean-Michel Martial. Cet espace à Avignon,  intime et  chaleureux,  convenait parfaitement  à l’œuvre de Jean Verdun (Mieux que nos pères, 2001) devenue Tibi’s Law dans la traduction de Robert Cohen , jouée en 2003 aux États-Unis.  La troupe française (la Cie l’Autre Souffle),  a gardé la version américaine du titre car il recèle quelque chose de biblique qui rehausse les propos du personnage quasi shamanique de « Tibi »

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Le retour du “Cahier"…” à la fondation Clément: intense émotion par la grâce de Jacques Martial.

News from Capital Critics Circle

 

—Par Roland Sabra —

Depuis 10 ans sa lecture du « Cahier d’un retour au pays natal » tourne autour du monde, Australie, Guadeloupe, Singapour, Fidji, Nouvelle Calédonie, New-York, Martinique, Paris, etc. avec aussi des retours, obligés, au pays natal de l’auteur. C’était le cas samedi soir à la Fondation Clément, en plein air. Moment inoubliable : les fils, au propre et au figuré, de Césaire, hallucinés et émus jusqu’aux larmes, et c’étaient de vraies larmes miraculeuses, ont vu de leurs yeux vu sur scène le Père de la nation martiniquaise. Alors que rien dans la corpulence de Jacques Martial ne renvoie à la frêle silhouette du poète, Césaire était là vivant parmi les siens. C’était Lui au premier jet du texte. Telle est la performance fabuleuse de Jacques Martial dans la nuit lumineuse d’un moment partagé.

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Congre et Homard de Gael Octavia. Un grand moment du “off”.

Reviewed by Alvina Ruprecht

Une œuvre qui a suivi un processes de création intéressant que j’ai pu suivre de la Guadeloupe  jusqu’en Avignon.  Congre et Homard, présenté d’abord comme une mise en lecture en Guadeloupe il y a 2 ans, a été réalisé grâce à l’appui de ‘Textes en paroles’. Cette association guadeloupéenne œuvre à la promotion des écritures dramatiques de la Caraïbe soumises à un processus de sélection par un jury international. L’auteur Gael Octavia est martiniquaise; les deux protagonistes sont joués par des Guadeloupéens Joel Jernider, (comédien)  et Dominik  Bernard  (comédien et metteur en scène).

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Visiones de la Cubanosofia. le nouveau théâtre cubain.

Reviewed by Alvina Ruprecht

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La Reina de la Fritanga. Photo: Nelda Castillo, Teatro del ciervo encantada

Le spectacle,   présenté au théâtre La Capilla dans le quartier El Vedado de la Havane,  est   réalisé par la troupe El ciervo encantada,  sous la direction de Nelda Castillo.  Sur une petite scène, on observe une série de tableaux–chocs qui représentent une vision extrêmement personnelle  de  l’histoire cubaine. Les figures métaphoriques, les unes plus grotesques que les autres émergent sur un échafaudage  à  deux niveaux, Cette incarnation scénique  d’une hiérarchie sociale à la manière de Piscator,  confirme  la barbarie des colonisateurs dans une ambiance explicitement théâtrale.

Première image, une  immense statue de la vièrge en poupée resplendissante  placée au sommet de cette structure.  Elle est  enveloppée de velours,  de dentelles et  de couleurs brillantes. Encastré dans cette figure de poupée-vierge, un visage pâle presque humain, s’éveille et ouvre les yeux au moment où on entend le tintement des  clochettes et la musique sacrée cubaine qui annoncent le début d’un nouveau rituel pervers. Voici la première étape de ce rituel désacralisé, la  “Cubanosophie!”, dont la dynamique essentielle est le calvaire et le martyr d’une nouvelle figure christique, José Marti. La figure  d’une vierge  androgyne à la  longue barbe noire, aux  gros yeux noirs, à la bouche édentée circonscrite de lèvres rouges et au regard de plus en plus diabolique, se lance dans une diatribe violente et haineuse. Ses  grognements, ses hurleme  évoquent  les derniers râles d’un vieux  en train de mourir, alors qu’elle  parle au nom d’une église  méchante,  raciste, et colonisatrice, avant de s’évaporer dans les coulisses.

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